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Rapport d'activités

 "Quand j'avais 5 ans, ma mère me disait toujours que le bonheur était la clé de la vie. Quand je suis allé à l'école, ils m'ont demandé ce que je voulais être quand je serais grand. J'ai écrit "heureux". Ils m'ont dit que je n'avais pas compris la question. J'ai répondu qu'ils n'avaient pas compris la vie" John Lennon

En 2015, le Centre de Prévention du Suicide a poursuivi les réflexions entamées en 2014 sur la question de la souffrance au travail.

Quand les mots ne suffisent plus pour décrire les maux qui nous habitent.

Le travail – et l'absence de travail – tue ! Mais souvent en silence, sous le regard de sa propre honte, au terme d'une lente descente aux enfers.

L'EU-Osha (Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail) a publié, fin 2014, une synthèse d'études sur le coût des risques psychosociaux. Les résultats illustrent la nécessité d'agir :

En Europe, le chiffre le plus récent parmi les données synthétisées par l'EU-Osha date de 2013 : les dépressions dues au travail coûtent 617 milliards d'euros par an, soit quatre fois le budget de l'Union Européenne (151 milliards d'euros en 2014).

Les études et articles fleurissent sur le « burn out » ; burn out bien souvent précédé d'un « burn in » car avant de donner à voir les flammes qui lèchent symboliquement le corps, le Sujet a d'abord commencé par se consumer de l'intérieur, petit à petit.

Or, ce que les différents chercheurs et praticiens s'accordent à dire, en écho avec les travailleurs, c'est qu'il s'agit là essentiellement des effets et symptômes d'un changement managérial destructeur. Pris au sein de celui-ci, comment parvenir à donner du sens à son travail ? Comment valoriser, faire valoir et se faire reconnaître pour son « savoir bien faire » ?

Le chômage tue, lui aussi.

Privations, angoisses, humiliations répétées peuvent devenir à ce point invivables qu'elles viennent supprimer le désir de vivre de ceux qui les subissent.

Comment penser une prévention du suicide dans le milieu du travail, du non-travail et de la crise économique de manière plus large ? Certainement en attirant l'attention sur les facteurs fragilisants en remobilisant l'attention du collectif. Mais aussi en renforçant les facteurs protecteurs tels que les sentiments de sécurité, la solidarité, la reconnaissance, le non isolement, etc. Peut-on être heureux au travail ? Oui, certainement, mais cela demande un travail justement, en marge du travail professionnel lui-même. Un travail sur soi pour circonscrire les limites du champ professionnel comme on délimite et sécurise l'espace d'un feu afin d'éviter que tout ne s'embrase. Travailler à donner, (re)trouver du sens à ce que l'on fait, mettre les limites qui s'imposent, se (faire) respecter, s'accorder une part d'indulgence, se créer des espaces de ressourcement en dehors du travail, etc. Empêcher que les petites étincelles qui surviennent dans une vie quotidienne « normale » au travail ne donnent naissance à un feu intérieur qui va croissant et finisse par nous brûler la peau et celle de ceux qui nous entourent.

Nous pensons également qu'une attention particulière doit être apportée à l'ensemble de ceux qui se voient littéralement jetés dans la sphère du chômage et qui, au-delà de l’effroi, des difficultés matérielles, familiales et psychologiques que cela produit, se voient en plus stigmatiser tels des parasites de la société. Identifiés à des profiteurs et des fainéants, « flicés », contrôlés sans cesse, soumis à l'injonction paradoxale : « Trouvez du travail sur un marché de l'emploi qui n'en offre pas à tous ». A quand une médecine du chômage à l'instar de la médecine du travail ?

Économiquement, la prévention coûte moins cher que le soin. Cyniquement, une absence de prévention, et ses conséquences dramatiques dont le suicide, coûte bien entendu encore moins cher en termes de soins puisqu' il y aura alors moins de « malades », ceux-ci étant littéralement poussés à disparaître avant d'être secourus…

Stéphanie De Maere

Directrice