aller au contenu
Centre de prévention du Suicide

Conférence de Philippe Béague

 .

"Avec le temps va, tout s'en va... du solitaire au solidaire"

Philippe Béague, psychologue, psychanalyste et président de l'Association Françoise Dolto, a accepté d'ouvrir le cycle organisé par le Centre de Prévention du Suicide, pour l'année de ses 40 ans, en abordant la question "Qu'est-ce qui fait vivre?" à partir du thème : "Avec le temps va, tout s'en va... du solitaire au solidaire".

Lors de cette rencontre, il a été question d'amour, d'amour de soi et d'estime de soi, du soi aux autres, des dépendances et interdépendances,...  L'être humain est d'abord relationnel, nous dit Philippe Béague.  C'est là qu'il trouve ce qui l'anime, ce qui le fait vivre... c'est aussi là qu'il a ses failles...

Le relationnel commence déjà en tant que fœtus dans le ventre de la mère. Il ressent ce que la mère éprouve, ses joies, ses douleurs ses peines. Une fois l'enfant né, il a besoin de sa mère, mais pas seulement par rapport à des besoins physiologiques : il aussi un besoin vital de relation avec sa mère, de rencontrer son regard, sentir son odeur, la sentir présente.  Il y a des situations où l'enfant, séparé de sa mère dès la naissance, se laisse mourir... Ne peut-on dire qu'il s'agit là d'un suicide ? Fort heureusement, dans d'autres cas, l'enfant accepte les nouveaux liens relationnels qui se présentent à lui (relais du père, d'une puéricultrice,...) et continue à vivre.  Toujours est-il que ce qui nous anime, ce qui nous fait vivre, c'est bien dès notre naissance du relationnel.  Toute personne a besoin d'une relation au départ.  C'est du subtil, quelque chose de l'ordre de la rencontre.

Freud disait que vivre, c'est aimer et travailler.  Travailler, c'est-à-dire construire des projets qui font sens pour nous, se sentir utile.  Aimer, c'est vivre avec les autres, se construire avec le regard des autres, dans le relationnel... en construisant par ailleurs son estime de soi.  C'est pouvoir s'aimer soi-même parmi les autres.  Et puis vivre, c'est aussi du désir...  Sans désir, nous ne vivons pas !

Le sentiment amoureux par exemple est magnifique, on retrouve quelque chose de la relation du départ, du regard de la mère, qu'on a eu ou qu'on n'a pas eu.  Moment exaltant où personne ne se posera la question « Qu'est-ce qui me fait vivre ? ».  Pourtant ça ne dure pas, ensuite il faut retourner à soi et à l'autre, se redifférencier, et s'aimer en se reconnaissant « autre ».  Il y a des crimes passionnels, des jalousies obsessionnelles, qui se jouent parce qu'on a du mal à (dé)passer le stade magique du sentiment amoureux.  Les êtres humains sont des êtres de dépendance et d'interdépendance, des êtres relationnels et de solitude...

Françoise Dolto parlait de pouvoir « s'auto-materner », c'est-à-dire s'aimer soi-même, veiller sur soi, par soi-même.  Voilà de quoi prolonger la réflexion sur ce que c'est « être soi », sur ce qui moi, me fait vivre...