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Centre de prévention du Suicide

Conférence de Monique Dorsel

"Qu'est-ce qui fait vivre?"

Comédienne et metteur en scène, Monique Dorsel a créé en 1962 les Jeunesses Poétiques puis le Théâtre-Poème, qu'elle a dirigé pendant plus de quarante ans.

Le théâtre poème fut l'un des foyers importants de la culture qui a reçu les plus grands écrivains de notre temps, de Roland Barthes à Jacques Derrida, en passant par Umberto Eco, Philippe Sollers, Michel Serres, et tant d'autres.

Riche de cette aventure, Monique Dorsel dédie sa conférence a plusieurs amis écrivains et poètes, qu'elle a fait se rencontrer dans la chaleureuse atmosphère de son Théâtre-Poème, et qui un jour se sont donné la mort.

Nous faisant voyager à travers les textes de différents écrivains, elle nous montre à quel point les questions de la vie et de la mort se côtoient et comment ce qui nous pousse à vivre peut aussi devenir ce qui nous pousse à mourir. La liberté, la beauté du monde, le besoin insatiable de consolation, peuvent nous attirer vers la mort autant que vers la vie.

Les témoignages des survivants des camps de concentration nous montrent que l'horreur peut pousser à vivre, à survivre pour témoigner... mais que cette même horreur peut agir comme une bombe à retardement.  Après avoir témoigné, certains, dont Primo Lévi, se sont suicidés...comme s'il avait été assassiné à retardement...

La mort est notre seule certitude, nous sommes chaque jour en sursis et c'est la conscience de ce sursis qui peut faire des instants de vie des instants d'éternité. L'appétit de lucidité, la tentation de comprendre l'incompréhensible, l'amour, le désir, la passion de création...tout ce qui fait vivre est aussi ce qui peut faire mourir...Nous sommes sur un fil rouge, nous marchons comme des funambules entre la vie et la mort... Combien de gens se suicident suite à la perte d'un être cher, combien célèbrent une dernière fois la vie avant de se suicider ?

Qu'est ce qui fait vivre ? La question est belle, mais a condition de la lier à la question de la mort. Pour y répondre peut-être faut-il cesser de considérer la conscience de la beauté du monde et l'appel de la mort comme des antagonismes...

La lecture de deux textes, l'un de Sarah Kane (4.48 Psychose) et l'autre de Marguerite Duras (Les antilopes) clôturent la soirée... Sarah Kane s'est donné la mort après avoir hurlé dans ces textes : « Regardez-moi disparaître », Marguerite loue la beauté de la vie... certaines antilopes seulement se sont rassemblées pour se donner la mort... certaines seulement...