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Centre de prévention du Suicide

Conférence de Gabriel Ringlet

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"Qu'est-ce qui fait vivre?"

Gabriel Ringlet est à la fois prêtre et écrivain. Face à cette question existentielle fondamentale, il prend tout d'abord le parti de la renverser. Il tente ainsi de comprendre le mal insupportable, le désespoir profond et la brisure des personnes qui se suicident. Il déclare à ce propos :

Pour tenter de comprendre l'incompréhensible, il faut d'abord faire silence. Ne rien dire. Ne pas vouloir trop vite supprimer l'ombre. Accepter le noir. Etre là. Recevoir cette anti-vie.
Je ne dis pas qu'une parole ne sera pas possible, mais je dis qu'elle doit prendre patience. Et pour comprendre, d'abord entendre le cri.

Gabriel Ringlet nous invite ensuite à l'accompagner dans ce qui le fait vivre. Pour ce faire, il s'appuie sur trois artistes chers à ses yeux : Barbara, Pietro Pizzuti et Hélène Grimaud. A travers l'histoire dramatique de la chanteuse Barbara - celle de l'abus sexuel par son père - il relève l'importance du pardon, d'un pardon qui va « jusqu'au bout » pour que la terre soit retournée et qu'ainsi, elle puisse refleurir.

"Seul le pardon, donne un avenir au monde."

  
C'est ensuite vers Pietro Pizzuti et la question de la bonté qu'il se tourne. Le comédien demande :

"As-t-on encore le droit, aujourd'hui, d'être bon ? Peut-on « réussir » sans écraser ? « Gagner » la guerre, sans prendre les armes ?"

Et Gabriel Ringlet de répondre :

"La vie est capable de traverser la mort."

Et plus encore:

"la bonté permet à la vie de traverser la vie."

  
Quant à Hélène Grimaud, elle a pour lui le don de remettre en tension la vie et la mort, la blessure et la grâce. Ainsi, la pianiste déclare  :

"La mort permet de rejoindre ce point si central où la vie justement, retrouve son urgence. La joie, le bonheur, ne peuvent plus que résulter d'une réconciliation entre la douleur et la vie."

  
Gabriel Ringlet, à sa suite, invite à

"faire de la blessure une grâce, une ouverture."

Dans le même esprit, il cite le romancier Jean Sulivan qui suggère quant à lui :

"Laisse ta  blessure ouverte. Penches-toi sur l'abîme. Du fond de la nuit naîtra peut-être l'humble joie."

Gabriel Ringlet nous invite, en outre, à développer une éthique de la fragilité qu'il s'agit d'apprendre à accueillir positivement plutôt que de masquer.

Le suicide, dit-il, n'est-il pas parfois « la signature de l'interdit social de l'échec ?(Daniel Maguerat)

Mais attention, précise-t-il,

la fragilité ne s'oppose pas à la solidité. C'est le contraire. Former à la fragilité, c'est inviter à la résistance.
"La vie a les doigts fins",

nous rappelle Gabriel Ringlet à travers la voix de France Queré.

Elle est même capable de sculpter ses plus belles oeuvres dans l'argile de la détresse.

En guise de conclusion, Gabriel Ringlet mentionne encore quatre choses qui le font vivre : le courage secret qui permet de traverser l'impossible, la parole poétique qui est « une manière d'ouvrir les yeux, de mieux regarder la vie quotidienne », la précarité spirituelle qui est tâtonnement, déplacement et enfin, l'humour qui, dans la gravité, permet de garder une certaine distance.