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Centre de prévention du Suicide

Conférence de François Emmanuel

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"Qu'est-ce qui fait vivre?"

Pour approcher cette question difficile, François Emmanuel a choisi pour cette soirée de laisser la parole à l'écrivain plutôt qu'au psychiatre. Pour lui, vivre c'est explorer et découvrir, construire et rénover mais aussi croire, espérer et aimer...

Explorer, découvrir, créer, c'est ce que François Emmanuel fait au quotidien dans son métier d'écrivain... A travers un rêve de bonheur qu'il fait parfois, il nous fait voyager au cœur de la créativité. Dans ce rêve, François Emmanuel découvre, dans une maison qu'il connaît, de somptueuses pièces inattendues. Créer un roman, c'est découvrir des univers insoupçonnés ; les personnages prennent leur indépendance et l'univers romanesque s'ouvre. Cette nouvelle présence des choses existe dans tout acte créatif, de la composition d'un jardin à une nouvelle rencontre... Le monde que l'on habite est bien plus vaste qu'on ne le croit, sa découverte, son exploration, sont sources de vie.

Construire, comme Robinson Crusoé sur son île... le désir de construire tient du défi, de la lutte avec soi, mais aussi de la lutte contre l'inertie, la destruction.

Croire. On ne cesse de  le faire même dans de toutes petites chose. On fait confiance aux hommes qui ont construit nos maisons, nos moyens de transport. Bien sur, nous sommes soutenus par un réseau d'arguments et de preuves statistiques, scientifiques. Mais il y a toujours un peu de foi, celle de l'enfant qui est en nous. Mais pour croire, il faut savoir douter. Seuls ceux qui savent qu'il y a chez eux une part de doute nous nourrissent de leur parole, sinon la foi deviendrait folie.

Aimer. Un mot troublant, souvent voilé.. L'amour peut être Eros, l'amour foudroyant et rare, Philios ou Agape, la compréhension amicale d'autrui, notre part d'humanité, la connaissance de l'autre qui nous permet de grandir à son contact.

Espérer. Le plus étrange de ces verbes. L'espérance... Espérer c'est se dire que nous vivons sur terre une aventure passionnante mais éphémère, c'est l'espérance d'une autre dimension, un ailleurs, hors du temps, de l'espace et de la dualité... L'espérance nous manque, car l'impermanence nous manque à nous occidentaux, nous confondons immobilité et immortalité...

Platon décrit quatre divinités ou quatre folies: l'art de la divination, le commerce avec les dieux, les muses et l'amour. Pour vivre, il faut être habité par au moins une de ces quatre folies et s'y laisser aller quelque fois. Ce sont ces quatre folies qui nous font vivre, ce sont aussi elles qui précisément nous font mourir... Mais mourir, c'est peut-être aussi « mourir à soi »... Ce qui est parfois un bien. Ainsi, François Emmanuel nous parle d'une rupture dans sa vie, lorsqu'il est parti faire du théâtre en Pologne. Par cette rupture, il a appris à « mourir à lui » et à lâcher prise. Il nous parle aussi de ces deux métiers: médecin et écrivain, un qui ancre et relie et l'autre qui l'isole parfois de longues heures...

La séance de questions-réponse nous confronte aux idées du risque, de l'insécurité, du juste, du désir, de l'authenticité, de la vie et de la mort...