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Centre de prévention du Suicide

Témoignages des répondants bénévoles

Quelques témoignages

Henry, 67 ans, retraité

" Bien qu'il n'y ait, en français, qu'un seul mot pour désigner l'acte de mettre fin volontairement à ses jours, je trouve que le suicide a des aspects tellement multiples !
Un conférencier invité par le Centre de Prévention du Suicide lors d'une journée de réflexion sur « Le Suicide au Masculin » disait très justement : « ...Il devrait y avoir 5 ou 6 mots pour désigner le suicide et il n'en existe qu'un ! Chez les Esquimaux, par exemple, il y a 6 mots pour dire « blanc ». Chez nous, en français, alors que le mot « orphelin » désigne l'enfant qui a perdu ses parents ; pour un parent dont l'enfant est mort, il n'y a pas de mot particulier pour désigner cette perte, comme si la chose ne pouvait  exister. La mort est un sujet relativement tabou et qui met mal à l'aise, mais le suicide est encore plus marqué par le sceau du silence."

Bénédicte, 35 ans, architecte-restauratrice

« Pour moi ce travail de bénévolat est une compensation au "manque d'humanité" dans mon métier. L'écoute (je préfère le nom d'écoutant, plutôt que de répondant, car je n'ai pas de réponses aux questions des appelants) est pour moi l'aide la plus humaine qui soit car elle restitue la personne à elle-même et la fait exister. J'aime écouter la vie. »

Marie-Paule, mère de famille

« Le bénévolat d'écoute anonyme au CPS correspond à mon tempérament et à une tranche de vie.  A l'écoute et accueillante, je résume avec mes mots ce que j'ai cru comprendre, et pose des questions ouvertes.  La formation m'a en effet appris à ne pas donner de conseils!  L'anonymat me convient car il n'y a ni prise en charge, ni suivi.  Il faut pouvoir gérer l'appel et l' « après-appel »: en déposant le cornet, je me refuse à tout pronostic "Il y aura passage à l'acte ou pas?".
Les enfants ayant quitté la maison, j'ai du temps libre et peux choisir mes gardes au CPS en fonction de mes disponibilités -principalement le week-end et les jours fériés.  Ce bénévolat ajoute quelque chose de profond à ma vie hors du métro-boulot-dodo.  Je me sens utile aux autres et apprends à mieux communiquer dans la vie de tous les jours, à relativiser mes propres soucis.
Les appels et les supervisions individuelles et de groupe sont de grands moments de partage.
J'espère pouvoir continuer encore longtemps! »

Olivier, 32 ans, employé commercial

« Normalement, quand j'entre en relation avec quelqu'un, c'est souvent dans un dialogue.
Ici, il y a certes un dialogue, mais c'est d'abord une écoute : le répondant ne parle pas de lui
(il ne dit pas son nom, son âge, sa profession) ni ne professe ses opinions ; tout est centré sur l'appelant et le dialogue, échange de paroles, a pour objet exclusivement les problèmes, les sensations, la personne de l'appelant. Le répondant n'est là que pour écouter. Il n'est pas là pour donner un conseil à l'appelant, a fortiori pour résoudre ses problèmes.  Le téléphone permet de se concentrer à fond sur un appel, donc sur l'écoute : je ne vois pas l'appelant, je ne suis pas distrait (par son corps, par son comportement). »

Sophie, 21 ans, étudiante

« Il m'arrive d'écouter dans d'autres circonstances : dans le cadre d'un cours, d'une conférence… Il m'arrive alors d'interrompre l'autre, mais seulement pour qu'il me précise tel point que je n'avais pas compris.  Il n'y a pas là une écoute active, pas ou peu de véritable dialogue.   De même, lorsque j'écoute une émission de radio ou de télévision, je suis dans l'écoute passive.   Il n'y a pas de relation…  Ici, je suis dans une écoute attentive mais aussi active parce que je relance l'appelant, je tâche de l'aider par mes questions, par mes observations, par mon empathie. »

Françoise, 59 ans, prépensionnée

« Certains appelants nous disent : «Je ne peux parler à personne de mon entourage. Je n'oserais pas dire à quelqu'un que je connais (ou que je vois et qui me voit) tout ce que je vous dis ». L'anonymat est un élément qui, avec d'autres, permet d'entrer de plain-pied dans la vie intime de l'appelant, dans ses problèmes existentiels. Souvent il arrive très rapidement à l'appelant de se livrer, de raconter des choses qu'il n'a parfois jamais livrées à personne.

Jean-Marc, 52 ans, de profession libérale

« Souvent, l'appelant a peur de déranger un proche. Il craint que lui confier ses angoisses et ses tourments ne l'éloigne de l'autre(par exemple, une mère qui vit seule vis-à-vis de son fils marié : «Il a déjà ses problèmes…» ).  En téléphonant au CPS, l'appelant sait qu'il entre en relation avec un répondant qui n'est là que pour l'écouter, qui n'est pas dérangé par autre chose, qui n'est pas avare de son temps. »

Charlotte, 29 ans, en recherche d'emploi

« Au CPS, on n'est pas jugé. Ce n'est pas seulement parce que l'appel est anonyme, c'est aussi parce qu'il sait qu'il ne sera pas jugé que l'appelant ose se livrer.  Le répondant est quelqu'un de bienveillant, d'ouvert, qui prend l'appelant comme il est, qui ne l'enferme pas dans un jugement, qui ne lui donne pas une échelle de valeurs dans laquelle il devra se situer. L'appelant peut dire des choses horriblement banales, terriblement mesquines, il peut faire preuve de violence verbale, exprimer sa haine, livrer ses peurs ou ses fantasmes sans avoir à craindre jugement ou condamnation. L'appelant sait qu'il peut se montrer tel qu'il est, avec toute sa vulnérabilité. »

Paul, 66 ans, retraité

« C'est à partir de mes sensations de répondant que je vais pouvoir mieux répondre à cet objectif d'écoute active.  C'est en analysant mes doutes, mes irritations, mes plaisirs, mes dégoûts, mes satisfactions que je pourrai le mieux affiner mon écoute.  L'écoute suscite une réponse chez le répondant ; elle le renvoie à lui-même et l'amène à réfléchir plus loin et en lui. »